Un samedi de décembre, en fin d’après-midi, place Broglie : la poussette n’avance plus, le plus jeune ne voit que des manteaux, et l’aîné réclame un chocolat chaud au chalet qui affiche la plus longue file. La scène n’a rien d’exceptionnel. Strasbourg reçoit chaque hiver une foule considérable autour de ses marchés, et le centre-ville, aussi beau soit-il, n’a pas été pensé pour des enfants qui voient tout à hauteur de genou.
Le Christkindelsmärik, traditionnellement daté de 1570, compte parmi les plus anciens marchés de Noël de France, et il mérite la visite. Mais avec des enfants, l’Alsace de Noël se vit mieux en sortant de la ville une partie du séjour, vers des bourgs plus petits et des vallées où l’on retrouve le calme.
Strasbourg avec des enfants, à condition de choisir son moment
Le conseil tient en peu de mots : venir en semaine, et plutôt le matin. Les allées restent praticables, on peut s’arrêter devant un chalet sans être poussé, et l’on garde l’après-midi pour autre chose. Les illuminations, que les enfants attendent, se voient aussi bien en repassant à la nuit tombée par une rue moins fréquentée, un peu à l’écart de la cathédrale et de la place Broglie.
Quelques précautions évitent les mauvaises surprises. Le porte-bébé passe là où la poussette reste coincée. Les plus grands gardent sur eux un papier avec le numéro de téléphone d’un parent, et l’on convient dès l’arrivée d’un point de rendez-vous facile à reconnaître, une fontaine ou le portail d’une église. Côté boissons, on trouve sur les marchés alsaciens du jus de pomme chaud à côté du vin chaud : de quoi réchauffer tout le monde au même chalet.
Reste le froid, qui fatigue les enfants plus vite que la marche. Des chaussures imperméables, une paire de chaussettes de rechange dans le sac et des moufles attachées aux manches valent mieux que trois pulls superposés, puisqu’on passe la journée à entrer dans les boutiques et à en ressortir.
Sortir de la ville, direction Sélestat et la vallée de Villé
Le train rend la première étape facile : les TER qui relient Strasbourg à Colmar s’arrêtent à Sélestat. Pour aller plus loin dans les vallées, la voiture reste plus simple, surtout avec des enfants, des goûters et des sacs de courses à transporter.
Sélestat, sur la route
Ville moyenne au centre ancien compact, Sélestat a aussi ses chalets en décembre et revendique la plus ancienne mention écrite du sapin de Noël. C’est une bonne halte pour raconter aux enfants l’histoire du sapin avant de leur montrer les arbres eux-mêmes, dans la montagne toute proche. Le centre se parcourt à pied sans fatigue, ce qui compte quand les petites jambes ont déjà donné la veille à Strasbourg.
La vallée de Villé, pour souffler
À l’ouest de Sélestat, la vallée de Villé s’enfonce dans les Vosges du Bas-Rhin. On y trouve des villages, des forêts et des routes calmes, à l’écart des bourgs les plus fréquentés de la route des vins. Avec des enfants, c’est l’occasion d’une vraie respiration : une promenade en forêt, une boulangerie de village, et quand la neige tient sur les hauteurs, des batailles de boules de neige que le centre de Strasbourg ne permettra jamais. Si la neige est annoncée, renseignez-vous sur l’état des routes et prévoyez de quoi équiper la voiture avant de prendre les routes de montagne.
La vallée a aussi de quoi intéresser les gourmands. À Maisonsgoutte, la confiturerie du Climont propose sur place un musée de la confiture et un atelier visible, de quoi montrer aux enfants l’envers des pots alignés sur les étals de la semaine ; comme pour toute visite en décembre, vérifiez les jours d’ouverture avant de vous y rendre.
Les souvenirs gourmands qui supportent le voyage
Au moment de faire les sacs, tout ce qui a été acheté sur les marchés ne voyage pas aussi bien. Les produits secs et bien emballés s’en sortent le mieux :
- les bredele, ces petits gâteaux de Noël préparés pendant l’Avent, à acheter en boîte métallique plutôt qu’en sachet et à placer au centre de la valise ;
- le pain d’épices, qui se garde bien dans son emballage et ne craint pas les chocs ;
- les confitures et les gelées, en pots de verre à caler dans les vêtements ; en avion, elles comptent comme des liquides au contrôle de sûreté, mieux vaut donc les mettre en soute ou choisir de petits formats ;
- les eaux-de-vie et les liqueurs de fruits, pour les adultes, avec la même contrainte en avion.
À l’inverse, certains plaisirs se savourent sur place. Le kougelhopf et les manala de la Saint-Nicolas sèchent en quelques jours ; le munster, lui, voyage mal dans une voiture fermée, et tout le monde le saura dès la première heure de route. Mieux vaut les manger en Alsace et rapporter ce qui se garde. Et achetez les produits fragiles le dernier jour plutôt que le premier : ils voyageront une seule fois au lieu de faire le tour de l’Alsace dans le coffre.
Une journée bien remplie, sans courir
Avec des enfants, une bonne journée compte rarement plus de deux étapes. Le marché de Strasbourg un matin de semaine, puis un après-midi tranquille ; Sélestat et la vallée le lendemain, avec une vraie pause au chaud à midi : c’est moins que ce qu’on pourrait voir, mais c’est souvent ce qui laisse le meilleur souvenir. Colmar, Kaysersberg ou Riquewihr ont aussi leurs marchés, très fréquentés le week-end eux aussi ; mieux vaut en choisir un que vouloir les enchaîner. Côté hébergement, dormir à Sélestat ou dans la vallée plutôt qu’à Strasbourg évite de refaire la route chaque soir, et les enfants s’endorment loin de l’agitation du centre-ville.
Dernier conseil, à prévoir dès le départ : gardez un sac vide et rigide dans le coffre ou la valise. Les boîtes de bredele et les pots de verre y voyagent à part, sans finir écrasés sous les manteaux du retour.
