Le désert marocain en octobre, bonne ou mauvaise idée ?

Le désert marocain en octobre, bonne ou mauvaise idée ?

Vous avez une dizaine de jours à poser à l’automne et une idée précise : rejoindre le désert depuis Marrakech, au volant, avec quelques nuits sous la tente. Reste à savoir si octobre est le bon mois ou s’il vaut mieux attendre le printemps. La réponse tient moins aux moyennes climatiques qu’à ce que vous comptez faire de vos journées.

Le désert est-il encore trop chaud à cette période ?

L’été saharien ne s’arrête pas au 1er septembre. Début octobre, les après-midi restent chauds à Zagora et dans la vallée du Drâa, et les heures qui entourent midi ne sont pas les plus agréables pour marcher dans les dunes. Mais la fournaise de juillet et d’août est passée : on peut de nouveau passer la journée sur la piste sans subir l’habitacle comme une étuve, et la chaleur recule nettement au fil des semaines.

Concrètement, cela décale la journée : piste et visites le matin, longue pause à l’ombre en début d’après-midi, montée sur les dunes en fin de journée. On adopte vite ce rythme, et il laisse le temps de s’arrêter dans une palmeraie quand le soleil tape le plus fort.

L’écart entre le jour et la nuit, en revanche, se creuse. Le sable et la pierre rendent leur chaleur peu après le coucher du soleil, et l’air sec n’en retient presque rien. On roule l’après-midi en chemise légère sur une piste brûlante, et l’on dîne au bivouac une veste sur les épaules. Au passage du Haut Atlas, l’air est plus vif encore, surtout tôt le matin. Une polaire et un bonnet tiennent dans un coin de sac et changent une nuit de bivouac.

Faut-il craindre la pluie ?

Il pleut peu dans le Sud marocain, mais il y pleut mal : rarement, et parfois très fort. Les orages de fin d’été et d’automne peuvent changer un oued à sec en torrent boueux en quelques heures et couper une piste pour la journée. En septembre 2024, après deux jours de pluies exceptionnelles, le lac Iriqui, entre Zagora et Tata, a retrouvé de l’eau pour la première fois depuis une cinquantaine d’années. L’épisode reste rare, mais il rappelle que le désert n’est pas à l’abri d’un détour imposé.

Cela plaide pour deux choses. Ne jamais dormir dans le lit d’un oued, même parfaitement sec. Et accepter qu’un itinéraire de désert garde une part de souplesse : un guide qui connaît la région modifiera une étape plutôt que de forcer un passage, et c’est exactement ce qu’on attend de lui.

Que changent des journées plus courtes ?

C’est l’aspect le plus souvent oublié. En octobre, le soleil se couche nettement plus tôt qu’en été, et la nuit tombe vite sous ces latitudes. Or une étape de désert ne se mesure pas en kilomètres : un passage de fech-fech, cette poussière fine où les roues s’enfoncent, peut prendre une heure là où le GPS annonçait vingt minutes. Rouler sur piste après la tombée du jour expose à tout ce qu’on ne voit plus, de l’ornière au troupeau qui traverse.

Il faut donc partir tôt et calibrer les étapes pour arriver au bivouac avec de la lumière. C’est d’ailleurs en fin d’après-midi, quand le soleil rase les crêtes, que les dunes montrent leur relief le plus net.

Partirez-vous en même temps que tout le monde ?

Octobre attire du monde dans le Sud marocain, et la fin du mois coïncide avec les vacances de la Toussaint. Marrakech s’en ressent : riads complets, vols plus chers, attente devant les sites les plus connus. Une fois l’Atlas franchi, la pression retombe, surtout vers l’erg Chegaga, qu’aucune route goudronnée ne dessert.

Certains circuits encadrés calent leurs départs sur cette fenêtre. Le roadtrip en 4×4 au Maroc de neuf jours proposé par Caravanes Aventures part ainsi du 16 au 24 octobre 2027, à partir de 4 320 € par personne. Pour des dates aussi demandées, mieux vaut s’y prendre plusieurs mois à l’avance, les vols vers Marrakech grimpant à l’approche des congés scolaires.

Dans les palmeraies, l’animation est d’une autre nature : octobre est la saison de la récolte des dattes. Les régimes descendent des palmiers, on les trie à l’ombre des murs, et les étals des marchés de la vallée en débordent. C’est le moment où les oasis travaillent le plus, et celui où le voyageur les découvre au travail plutôt qu’en carte postale.

Si vous hésitez entre le début et la fin du mois, fiez-vous à votre tolérance plutôt qu’au thermomètre : la première quinzaine convient à ceux qui supportent bien la chaleur et veulent des soirées douces au bivouac, la seconde à ceux qui préfèrent des journées plus clémentes et acceptent des nuits nettement plus froides. Dans les deux cas, gardez une nuit de marge à Marrakech avant le vol retour : un oued en crue ne prévient pas.