Le piège d’un premier séjour court dans le Jura se voit déjà sur la carte. On coche les cascades du Hérisson, l’abbaye de Baume-les-Messieurs, une cave à Arbois et le lac des Rousses, on additionne des distances qui paraissent modestes, et le samedi se passe derrière un volant. Le relief ne pardonne pas ce genre de calcul : les reculées, ces vallées en cul-de-sac creusées dans le plateau, imposent des détours, et les routes qui montent vers le Haut-Jura prennent bien plus de temps que leur kilométrage ne le laisse croire.
Deux jours suffisent pourtant pour repartir avec une image juste de la région. La condition tient en une phrase : choisir un secteur, dormir au milieu, et garder le reste pour une autre fois.
De quel Jura parle-t-on, au juste ?
Le nom recouvre deux réalités. Le massif du Jura est une chaîne de moyenne montagne en arc, partagée entre la France et la Suisse, qui s’étend côté français sur l’Ain, le Jura et le Doubs. Le département du Jura n’en occupe qu’une partie, et il descend à l’ouest vers le vignoble et la plaine. Partir « dans le Jura » peut donc vouloir dire des rangs de vigne et des villages de pierre aussi bien que des forêts d’épicéas sur les hauteurs.
Pour une escapade courte, le département offre trois paysages bien distincts : le vignoble et ses reculées à l’ouest, autour d’Arbois, de Poligny et de Lons-le-Saunier ; le Pays des Lacs au centre, vers Clairvaux-les-Lacs et Chalain ; le Haut-Jura au sud-est, de Saint-Claude aux Rousses. Le programme qui suit relie les deux premiers, parce qu’ils se combinent sans longs trajets. Le Haut-Jura mérite un séjour à lui seul, surtout en hiver.
Samedi, de lac en cascade
Commencez par les cascades du Hérisson, le matin de préférence. Le sentier remonte la rivière de chute en chute, avec des passages en marches et en rochers qui deviennent glissants dès qu’il a plu : des chaussures de marche valent mieux que des baskets de ville. En été et le week-end, les parkings se remplissent vite, d’où l’intérêt d’arriver tôt.
L’après-midi, montez au belvédère des Quatre Lacs, au-dessus de La Chaux-du-Dombief. D’un seul point de vue, on comprend pourquoi le secteur porte son nom : plusieurs lacs posés entre les forêts et les prés. Redescendez ensuite vers Chalain ou Clairvaux-les-Lacs. En juillet et en août, leurs plages attirent les baigneurs ; au printemps et à l’automne, les rives se prêtent mieux à la marche, et l’on y croise nettement moins de monde.
Le soir, une fromagerie ou un restaurant de village vous fera goûter le comté à plusieurs stades d’affinage. C’est le bon moment pour comprendre ce que disent les étiquettes : un comté ne peut pas être vendu avant quatre mois d’affinage, et les meules gardées bien plus longtemps prennent des arômes plus marqués, parfois avec de petits cristaux qui craquent sous la dent.
Dimanche, une reculée, un village perché et une fruitière
Le deuxième jour se passe côté vignoble. Baume-les-Messieurs occupe le fond d’une reculée, au pied de falaises calcaires, autour de son ancienne abbaye. Le village est classé parmi les Plus Beaux Villages de France, comme Château-Chalon, perché sur son éperon rocheux au-dessus des vignes, à courte distance par la route. Les grottes de Baume ne se visitent qu’à la belle saison et sur réservation : vérifiez avant de bâtir la matinée autour.
Château-Chalon a donné son nom à une appellation réservée au vin jaune, issu du cépage savagnin et élevé plusieurs années sous un voile de levures, sans ouillage. Il se vend dans le clavelin, une bouteille de 62 centilitres propre à la région. Même sans être amateur, une dégustation chez un vigneron en dit plus long sur le pays qu’un panneau d’information.
Gardez l’après-midi pour une fruitière. Le mot désigne la fromagerie coopérative où les producteurs d’un village apportent leur lait, transformé chaque jour en meules de comté. Beaucoup ont un magasin, certaines laissent voir la fabrication, souvent le matin. Acheter sur place, c’est aussi choisir l’âge de son fromage et le faire couper à la demande plutôt que de repartir avec une portion sous vide.
Où dormir pour ne pas passer le week-end en voiture
Avec ce programme, deux bases fonctionnent. Lons-le-Saunier, la préfecture, est la plus pratique : la ville se trouve entre le vignoble et les lacs, et c’est la plus simple si vous arrivez en train, avec des liaisons depuis Lyon ou Besançon. Clairvaux-les-Lacs conviendra mieux à ceux qui veulent se réveiller près de l’eau et attaquer le Hérisson à la fraîche, au prix d’un peu plus de route le dimanche.
Pour trancher, le magazine ATMO Franche-Comté compare quatre points de départ possibles pour un week-end dans le Jura, avec les temps de trajet entre les sites. Le Haut-Jura y figure aussi, pour ceux qui viendraient plutôt l’hiver, quand des navettes relient les villages de la station des Rousses.
En toute saison, vérifiez la veille de chaque journée les horaires des sites que vous visez. Hors été, grottes, caveaux et magasins de fruitière ferment ou réduisent leurs horaires, et le dimanche après-midi dans un village du vignoble n’est pas le moment de découvrir une porte close. En période sèche, regardez aussi si l’accès à certaines forêts n’a pas été restreint par arrêté.
